Cet intrigant dessin de Georges Clairin est à rapprocher d’un grand pastel de près de deux mètres de hauteur, également daté de 1906, qui reprend ce motif dans une composition architecturée et forme pendant avec une autre œuvre[1]. Si ce rapprochement peut suggérer l’existence d’un projet décoratif, aucune réalisation correspondante n’a pu être identifiée parmi les nombreux décors exécutés par l’artiste au cours de sa carrière et la fonction exacte de cette composition demeure donc incertaine. La dédicace portée au bas de la feuille indique toutefois que le dessin fut offert par Georges Clairin à l’un de ses amis.
Inscrite dans une diagonale ascendante, la composition est dominée par une figure féminine abandonnée parmi d’amples draperies. Sa longue chevelure ornée de fleurs, la sensualité de sa pose et le rythme souple des lignes courbes rattachent l’œuvre à l’esthétique décorative de l’Art nouveau. Derrière elle surgit une imposante tête de bélier dont le regard sombre et la présence presque menaçante contrastent avec la douceur de la figure féminine. Cette confrontation entre beauté féminine et puissance animale confère à la scène une dimension allégorique dont la signification demeure volontairement énigmatique. Par son atmosphère de mystère, l’ambiguïté de son iconographie et la tension instaurée entre sensualité et menace, cette composition s’inscrit dans la mouvance de l’imaginaire symboliste fin-de-siècle.
[1] Ces deux pastels sont passés en vente chez Millon à Drouot le 27 novembre 2003.






